samedi 28 mars 2009

Ciaccona del Paradiso e del Inferno

Au festival d'Ambronay de 2008, Philippe Jaroussky et Christina Pluhar (et son ensemble L'Arpeggiata) s'en sont apparemment donné à cœur joie en insérant un peu d'humour dans une production de très haute tenue artistique. En complément d'un récent message concernant Monteverdi, voici ce qui, faute de traduction, semble être un "dialogue" entre le Paradis et l'Enfer. Auteur : anonyme, de 1657. 

C'est principalement pour toi, Mag. Bonne écoute.

dimanche 15 mars 2009

Stand by me

YouTube, que je n'ai pas l'habitude de consulter, vient de m'offrir de très bonnes surprises. L'enregistrement de la même chanson, sur le même rythme et par des artistes différents, aux quatre coins du monde. Cela donne quelque chose de très chouette. Ecoutez plutôt...

jeudi 12 mars 2009

L'homme intérieur

La seconde partie de la vie a un but plus spirituel. Elle est caractérisée par le "processus d'individuation", un processus au cours duquel le Moi, qu'on pourrait appeler l'homme extérieur, "se sacrifie" au Soi, à l'homme intérieur. C'est bien le Moi, l'ego, l'homme extérieur qui vit cette "descente". Le Soi, lui, au contraire, continue sa progression. Seules les personnes âgées qui vivent cette mutation peuvent comprendre la phrase de Saint Paul aux Corinthiens : "Tandis que notre homme extérieur s'en va en ruine, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour."... Lorsqu'on affirme que la vieillesse n'est pas uniquement un naufrage mais une croissance, cela ne concerne évidemment pas une réalisation dans le monde extérieur, mais la maturation intérieure.

Marie de Hennezel
La chaleur du cœur empêche nos corps de rouiller
Robert Laffont

lundi 2 mars 2009

Les trois trésors de Lao-tseu

J'ai trois trésors que je détiens et auxquels je m'attache :
le premier est amour,
le deuxième est économie,
le troisième est humilité.
Amoureux, je puis être courageux,
économe, je puis être généreux,
n'osant pas être le premier dans le monde,
je puis devenir le chef du gouvernement.

Quiconque est courageux sans amour,
généreux sans économie
et chef sans humilité,
celui-là va vers la mort.

Qui se bat par amour triomphe,
qui se défend par amour tient ferme,
le ciel le secourt et le protège avec amour.

Chapitre LXVII du Tao-tö king
de Lao-tseu (570-490 avant JC)

dimanche 1 mars 2009

L'ahimsa

L'homme et ses actes sont deux choses distinctes. Alors qu'il convient d'approuver une bonne action et d'en réprouver une mauvaise, il faut toujours, selon le cas, respecter ou plaindre l'auteur de cet acte. "Tu dois haïr le péché mais non le pécheur." C'est là un précepte assez facile à comprendre mais difficile à mettre en pratique. C'est pourquoi la haine répand son poison à travers le monde.
L'ahimsa (1) est le fondement de cette recherche de la vérité. Ne pas tenir compte de cet appui indispensable serait aussi fragile que bâtir sur le sable. S'il convient de s'opposer à certains systèmes et de les détruire, au contraire, le fait de s'en prendre à leurs auteurs reviendrait à vouloir se prendre soi-même pour cible. Car c'est le même pinceau qui nous a tous dessinés.

(1) ahimsa : non-violence active

Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948), La voie de la non-violence

jeudi 26 février 2009

Le puits est en toi

Voici un texte qui m'a été communiqué par Charlotte Kuder-Schutz qui, entre autres, organise chaque année une rando dans le désert. Il ne s'agit pas vraiment d'une lecture de ma part, mais cela ne saurait tarder...
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Si tu te contentes de boire l'eau de mon puits, demain tu mourras de soif, soit parce que j'ai fermé la porte, soit parce que je suis en voyage. Si tu veux étancher ta soif, creuse ton terrain et tu trouveras la source, car elle est en toi. Creuse ton puits, ainsi tu auras toujours de l'eau partout où tu iras. Le puits est en toi, l'eau est en toi. Cherche et tu trouveras le trésor... Cherche en toi, mon frère, et tu trouveras.
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Cheik Adda Bentounès, La fraternité des cœurs

mardi 20 janvier 2009

Le Papalagui

En langage samoan, le "Papalagui" désigne le Blanc, l'étranger, littéralement : le pourfendeur de ciel. Le premier missionnaire blanc qui débarqua à Samoa arriva sur un voilier. Les aborigènes prirent de loin les voiles blanches pour un trou dans le ciel, à travers lequel le Blanc venait à eux. Il traversait le ciel.
Le livre Le Papalagui rapporte les paroles (sous forme de onze causeries) de Touiavii, chef de la tribu de Tiavéa dans les îles Samoa. Touiavii était allé au début des années 1900 découvrir l'Europe, dont il avait entendu parler par les Frères Maristes. Revenu avec la conviction que toutes les acquisitions culturelles européennes étaient de la folie, une impasse, il le disait avec le ton de la mélancolie, témoignant que son ardeur missionnaire prenait sa source dans l'amour humain, non dans la haine.
Les propos de Touiavii ont été rapportés en 1920 par Erich Scheurmann.
Même avec le recul du temps, ces propos sont une excellente remise en cause de notre façon de penser et d'agir, de nos certitudes et de ce que nous croyons être nos vérités.
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Quand le mot esprit vient dans la bouche du Papalagui, ses yeux s’agrandissent, s’arrondissent et deviennent fixes, il soulève sa poitrine, respire profondément et se dresse comme un guerrier qui a battu son ennemi, car l’esprit est quelque chose dont il est particulièrement fier. Il n’est pas question là du grand et puissant Esprit que le missionnaire appelle Dieu, et dont nous ne sommes qu’une image chétive, mais du petit esprit qui est au service de l’homme et produit ses pensées.
Quand d’ici je regarde le manguier derrière l’église de la mission, ce n’est pas de l’esprit, parce que je ne fais que regarder. Mais dès que je me rends compte que le manguier dépasse l’église, c’est de l’esprit. Donc il ne faut pas seulement regarder, mais aussi réfléchir sur ce que l’on voit. Ce savoir, le Papalagui l’applique du lever au coucher du soleil. Son esprit est toujours comme un tube à feu chargé ou comme une canne à pêche prête au lancer. Il a de la compassion pour nous, peuple des nombreuses îles, qui ne pratiquons pas ce savoir-réfléchir-sur-tout. D’après lui, nous serions pauvres d’esprit et bêtes comme les animaux des contrées désertiques.
C’est vrai que nous exerçons peu le savoir que le Papalagui nomme penser. Mais la question se pose si est bête celui que ne pense pas beaucoup, ou celui qui pense beaucoup trop...
C’est bon et joyeux, et peut même présenter un intérêt insoupçonné pour celui qui aime ce jeu dans sa tête. Cependant, le Papalagui pense tant que penser lui est devenu une habitude, une nécessité et même une obligation. Il faut qu’il pense sans arrêt. Il parvient difficilement à ne pas penser, en laissant vivre son corps. Il ne vit souvent qu’avec sa tête, pendant que tous ses sens reposent dans un sommeil profond, bien qu’il marche, parle, manger et rie.
Les pensées qui sont le fruit du penser, le retiennent prisonnier. Il a une sorte d’ivresse de ses propres pensées. Quand le soleil brille, il pense aussitôt : "Comme il fait beau maintenant !" Et il ne s’arrête pas de penser : "Qu’il fait beau maintenant !" C’est faux. Fondamentalement faux. Fou. Parce qu’il vaut mieux ne pas penser du tout quand le soleil brille.
Un Samoan intelligent étend ses membres sous la chaude lumière et ne pense à rien. Il ne prend pas seulement le soleil avec sa tête, mais aussi avec les mains, les pieds, les cuisses, le ventre et tous les membres. Il laisse sa peau et ses membres penser pour lui. Et ils pensent certainement aussi, même si c’est d’une autre façon que la tête. Mais pour le Papalagui l’habitude de penser est souvent sur le chemin comme un gros bloc de lave dont il ne peut se débarrasser. Il pense à des choses gaies, mais n’en rit pas, à des choses tristes, mais n’en pleure pas... C’est un homme dont les sens vivent en conflit avec l’esprit, un homme divisé en deux parties.
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Le Papalagui, Présence Image Editions, Pocket
Erich Scheurmann
Traduit en 2001 par Dominique Roudière
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Livre offert par Jean-Claude Guyard

samedi 17 janvier 2009

Hommage à Emile Joulain

Dans tout l'village, à la ronde,
Ceuss's qu'ont voéyagé l'diront,
En ville i's mont'raient sûs l'monde
Sans s'ment leû dir' : "Gar' toé don' !"
Nous, on n'a guér' d'instruction,
On n'la fait point "à la pose",
Mais enter' nous, nom de nom !
On s'cause !
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En vill', c'est le gran' vitesse ;
I's cour'nt, comme des ératés ;
C'est î' point ein' politesse,
En passant, de s'guémenter
"C'mment qu'ça va, c'te p'tit' santé ?"
Qu'on dit, en fésant ein' pause.
L'aut' répond : "Pas mal ! Et té ?"
On s'cause !
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On s'assît sûs la bérouette,
Quand on r'vient d'qu'rî la pansion ;
D'aut's pass'nt... "Faut fair' la causette ?"
"Mais oui, faut ben !" qu'on répond.
On parl' du vieau, du cochon,
Du pér' Machin, d'la mér' Chose ;
On est tranquille... î fait bon...
On s'cause !
...
Ein' bonn' farc', quand on s'achale,
C'est d'brailler au gars, juché
Tout en l'fin bout' d'ein' échalle :
"L'temps va-t-î point s'débaucher ?"
Et si l'benêt qu'est cruché
I' vous d'mand' bêt'ment : "A cause ?"
"Dam', les dindons sont parchés !"
On s'cause !
...
Tout d'un coup, v'là qu'des voéx montent :
Des commér's, ben entendu !
A tû tét', é's s'en racontent,
A seul' fin qu'y'ait ren d'pardu ;
Chaqueine a bentoût son dû :
"Ren du tout !" - "Toé, pas grand'chose !"
Poings sûs les hanch's, bec tendu,
On s'cause !
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Les homm's, sans m'ner tant d'tapage,
N'val'nt guér' mieux, quéqu'foés mêm' moins ;
Comben qu'y'en a, dans l'village,
Qui dis'nt : "Un Tel ? on s'caus' point !"
Pis, l'ein d'l'aut' on a besoin ;
On se r'met ben, ça s'arrose ;
D'vant ein' "fillette", au "Bon Coin ",
On s'cause !
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Y'a aussit' pûs d'un ménage,
Ben souvent à propos d'ren,
Où qu'au bout' d'ein' cris' de rage,
On n'se caus' pûs, c'est la fin !
L'sang rassis, on voudrait ben
Er'venî, mais parsonn' n'ose...
Pis, comm' on s'trouv' l'air point fin,
On s'cause !
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Vaut-î' pas ben mieux s'entend'e,
Mêm' si on n'a point l'mêm' nom ?
Ça s'ra-t-î' pas mieux, j'vous d'mande,
L'jour où qu'les homm's s'entendront ?
Où, qu'tous ensem'e, î's diront :
"J'sarvons tertous la mêm' cause ;
sans mitrailleus's, ni canon,
On s'cause !"
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Emile Joulain
Rimiaux d'icitt', Rimiaux d'l'aut' bord
Septembre 1942
(Ce qu'Emile Joulain a écrit en septembre 1942 est encore de grande actualité...)
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Emile Joulain (L'gâs Mile, 1900 - 1989), poète patoisant angevin, fut très renommé dans mon Anjou natal. Voici un petit passage de son célèbre poème sur les "Fill's d'la Loére"
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Et j'irions nous perdr' ein soér comm' la Loére
Dret en la grand' bouére par ein ch'min d'lumière
Qui n'srait pûs d'argent mais du roug' varmeill' du soulé couchant,
Ein ch'min d'paradis couleur d'mon sang
Pour qu'j'sois moins trisse en mon heur' darnière
Et qu'par eine bell' nuit j'm'endorm' en rêvant
Des fill's d'la Loére.
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Emile Joulain a beaucoup œuvré pour le folklore et les traditions de cette si belle région de France. Je suis allé plusieurs fois l'écouter sur scène et j'en garde un souvenir ému. Cela me fait très plaisir de lui rendre hommage dans ce blog.