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dimanche 19 novembre 2017

La vie secrète des arbres

Vous aimez les belles histoires vraies? les découvertes? les romans d'aventures? les livres scientifiques? les thrillers? Oui, ce livre "La vie secrète des arbres" est tout cela et plus encore. Passionnant, instructif (très), foisonnant... Avec parfois une bonne dose d'humour.
Vous avez compris, je vous le recommande chaudement.


jeudi 10 août 2017

Philippe Jaccottet et le haïku

Un passage du livre de Philippe Jaccottet, un de mes auteurs préférés: "Une transaction secrète - lectures de poésie", passage intitulé "L'Orient limpide" sur le haïku (extrait)

"La qualité singulière de cette poésie ne peut s'expliquer que par un état singulier, auquel le poète accède par une série de dépouillements, dont la concision de son vers n'est que la manifestation verbale".

Celles et ceux qui me connaissent me comprendront...

mercredi 24 septembre 2014

Offrir du temps

- Je sais, raconte, ne perds pas de temps.
Moi, je trouvais que nous en avions à revendre, que nous pouvions en offrir à ceux qui étaient près de leur fin. Tu parles! Peut-on faire un paquet avec du temps à l'intérieur et l'offrir pour Noël? J'en avais plein, le mien et en plus celui qui était dans les livres. Mais c'est elle qui devait avoir raison, elle et les animaux, il ne fallait pas perdre de temps. Celui qui nous est imparti dure autant que celui qui n'est pas gaspillé, le reste est perdu.

Erri De Luca
Les poissons ne ferment pas les yeux.

samedi 2 août 2014

Réparer les vivants

J'ai terminé il y a peu ce livre étonnant et (très) fort.
Je dois tout de suite reconnaître avoir eu quelques difficultés à m'adapter au style de l'auteure, surtout à le comprendre. Sauter du présent au passé, passer d'un personnage à d'autres, dans la même longue phrase, ce n'est pas évident pour ceux qui, comme moi, sont habitués à une écriture plus "classique". Mais le livre devient assez rapidement passionnant, notamment parce que l'on peut aisément se projeter sur l'un ou l'autre des personnages, voire sur l'ensemble (sauf, pour ce qui me concerne, sur le donneur, compte tenu de mon âge).
C'est le roman d'une transplantation cardiaque, les autres organes étant presque seulement mentionnés. L'auteure situe dans le temps et dans l'espace les acteurs de cette opération magique en soi, mais qui n'est pas sans poser de très nombreux problèmes surtout sur le plan psychologique: le donneur et le receveur évidemment, les parents du donneur (le cheminement pour accepter le prélèvement d'organes chez leur enfant m'a fait vivre des séquences bien chargées d'émotion), le personnel médical (chirurgien, infirmière, équipes de prélèvement...) et la famille du receveur.
Ce n'est pas à proprement parler un livre de vacances, de soleil et de plage, mais personnellement j'ai pu le lire à l'ombre de mon verger. Je le recommande.

J'ai choisi - il fallait faire un choix - trois extraits.

Marianne, la mère de Simon le donneur, se pose la question de savoir si elle doit accepter le prélèvement du cœur de son fils. Que deviendra l'amour de Juliette (la petite amie de Simon) une fois que le cœur de Simon recommencera de battre dans un corps inconnu, que deviendra tout ce qui emplissait ce cœur, ses affects lentement déposés en strates depuis le premier jour ou inoculés çà et là dans un élan d'enthousiasme ou un accès de colère, ses amitiés et ses aversions, ses rancunes, sa véhémence, ses inclinations graves et tendres? Que deviendront les salves électriques qui creusaient si fort son cœur quand s'avançait la vague (le surf, quel que soit le temps, était la passion de Simon)? Que deviendra ce cœur débordant, plein, trop plein, ce cœur full?

Marianne a accepté... Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l'unité de son fils? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté? Qu'en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme? Ces questions tournoient autour d'elle comme des cerceaux bouillants puis le visage de Simon se forme devant ses yeux, intact et unique. Il est irréductible, c'est lui. Elle ressent un calme profond. La nuit brûle au-dehors comme un désert de gypse.

Le donneur - une femme - s'apprête pour la transplantation. Elle tourne en rond dans la chambre. Si c'est un don, il est tout de même d'un genre spécial, pense-t-elle. Il n'y a pas de donneur dans cette opération, personne n'a eu l'intention de faire un don, et de même il n'y a pas de donataire, puisqu'elle n'est pas en mesure de refuser l'organe, elle doit le recevoir si elle veut survivre, alors quoi, qu'est-ce que c'est? La remise en circulation d'un organe qui pouvait encore faire usage, assurer son boulot de pompe? ... Le sens de ce transfert dont elle bénéficie par le jeu d'un hasard invraisemblable- la compatibilité inouïe de son sang et de son code génétique avec ceux d'un être mort aujourd'hui-, tout cela devient flou. Elle n'aime pas cette idée de privilège indu, la loterie, se sent comme la figurine en peluche que la pince saisit dans le fatras de bidules amoncelés derrière une vitrine de la fête foraine. Surtout, elle ne pourra jamais dire merci, c'est là toute l'histoire. C'est techniquement impossible, merci, ce mot radieux chuterait dans le vide. Elle ne pourra jamais manifester une quelconque forme de reconnaissance envers le donneur et sa famille, voire effectuer un contre-don ad hoc afin de se délier de la dette infinie, et l'idée qu'elle soit piégée à jamais la traverse. Le sol est glacé sous ses pieds, elle a peur, tout se rétracte.

Merci, Maylis de Kerangal.

mardi 1 juillet 2014

Les arbres en quête d'un roi

Les arbres étaient allés messier un roi sur eux.
Ils dirent à l'olivier : "Règne sur nous !"
L'olivier leur dit : "Ferai-je cesser mon onctuosité,
que glorifient Elohîms et les hommes,
pour aller m'agiter sur des arbres ?"
Les arbres disent au figuier : "Va, toi ! Règne sur nous !"
Le figuier leur dit : "Ferai-je cesser ma douceur,
ma prolifération exquise, pour aller m'agiter sur les arbres ?"
Les arbres disent à la vigne : "Va, toi ! Règne sur nous !"
La vigne leur dit : "Ferai-je cesser mon moût,
qui réjouit Elohîms et les hommes, pour aller m'agiter sur des arbres?"
Alors tous les arbres disent au lyciet (1) : "Va, toi ! Règne sur nous!"
Le lyciet dit aux arbres : "Si, en vérité, vous me messiez
pour roi sur vous, venez, abritez-vous sous mon ombre,
sinon un feu sortira du lyciet et mangera les cèdres du Lebanôn."
Et maintenant, est-ce avec vérité et intégrité
que vous faites régner Abimèlèkh ?

(1) Lyciet = sorte de ronce
Juges 9, 8-16a
Traduction André Chouraqui

Combien de transpositions trouvons-nous dans bon nombre de pays de par le monde? Méditons...

mardi 6 mai 2014

Suivre le poisson

Suivre le poisson, suivre l'oiseau,
Si tu envies leur erre, suis-les
Jusqu'au bout. Suivre leur vol, suivre
Leur nage, jusqu'à devenir
Rien. Rien que le bleu d'où un jour
A surgi l'ardente métamorphose,

Le Désir même de nage, de vol.

François Cheng
Cinq méditations sur la mort
autrement dit sur la vie
Cinquième méditation


Je rapproche ce poème d'un autre message que j'ai déjà publié le 26 novembre 2010. Ces deux poèmes me suivent, me poursuivent et je ne les fuis pas, au contraire ils me prennent au cœur...


M’alléger
me dépouiller

réduire mon bagage à l’essentiel

Abandonnant ma longue traîne de plumes
de plumage
de plumetis et de duvets

devenir oiseau avare
ivre du seul vol de ses ailes


Michel Leiris
Haut Mal, suivi de Autres lancers

mardi 31 décembre 2013

Sobriété et information(s)

La sobriété ne devrait-elle pas aussi s'appliquer à la tendance actuelle à faire croire que l'accès, partout et à tout moment, à toute information est gage de liberté? Par ailleurs, l'information que l'opinion peut tenir comme absolument incontestable peut être aussi la pire désinformation. Tous les simulacres, toutes les mystifications étant possibles, il y a lieu de s'inquiéter sur le sort du "vrai", qui se trouve être l'un des fondements d'une société éclairée. Nous voyons aujourd'hui naître une sorte d'hypermarché de l'information, où tout et son contraire cohabitent; mensonges et démentis sont à la portée de chacun... Dans l'océan complexe des turpitudes et des vertus, l'honnête citoyen aura de plus en plus de difficultés à se faire une opinion. Perdu dans le labyrinthe des "pour" et des "contre", des "pro" et des "anti", et après avoir hurlé "où est l'issue?", "où est la vérité?" et "qu'est-ce que la vérité?", il pourra toujours et à tout moment avoir recours à l'apaisement que procure le silence... Quelle merveille! Faire de temps en temps une bonne diète de l'information, comme un jeûne purificateur, est probablement un acte de sobriété des plus bénéfiques.

Pierre Rabhi
Vers la sobriété heureuse
Édition poche Babel, pages 43 et 44

Je lis actuellement ce livre avec passion, notamment parce que je me sens totalement concerné par ce que prône l'auteur. Vais-je en faire un livre de chevet? Peut-être... Merci, Pierre Rabhi. Je dis bien "un" livre de chevet, car d'autres livres, notamment de méditation, sont aussi sur mon chevet...

mardi 17 septembre 2013

Fumée de fumées

Je souhaite présenter un extrait de Qohèlèt, livre des Ecrits (AT) de la Bible, traduction André Chouraqui.
Qohèlèt, (traduction "le rassembleur", autrement dit l'Ecclésiaste, mot dérivé de ecclesia, l'assemblée). Le ton général du livre est donné par les premiers versets: "Fumée de fumées, tout est fumée", que je préfère à la version traditionnelle "vanité des vanités, tout est vanité". Fumée = sans consistance. Mais il n'est pas question d'en faire ici une exégèse de quelque longueur qu'elle soit, je ne suis nullement qualifié pour cela. Je cherche, je lis, j'écoute, je cherche, je cherche... Je me contente donc de livrer (pour l'instant peut-être?) le chapitre 1, versets 2 à 11.

Fumée de fumées, dit Qohèlèt; fumée de fumées, tout est fumée.
Quel avantage pour l'humain en tout son labeur,
dont il a le labeur sous le soleil ?
Un cycle va, un cycle vient; en pérennité la terre se dresse.
Le soleil brille, le soleil décline; à son lieu il aspire et brille là.
Il va au midi, il tourne au septentrion, il tourne,
tourne et va, le souffle, et retourne sur ses tours, le souffle.
Tous les torrents vont à la mer et la mer n'est pas pleine.
Au lieu où les torrents vont, là, ils retournent pour aller.
Toutes les paroles lassent, l'homme ne peut pas en parler.
L’œil ne se rassasie pas de voir, l'oreille ne se remplit pas d'entendre.
Ce qui a été sera, ce qui s'est fait se fera :
il n'est rien de tout neuf sous le soleil.
Il est une parole qui dit : "Vois cela, c'est neuf !"
C'était déjà dans les pérennités, c'était avant nous.
Pas de souvenirs des premiers, ni même des derniers qui seront,
pas de souvenir d'eux, ni de ceux qui seront en dernier.

jeudi 4 avril 2013

Le cri d'Antigone

Je ne raconterai pas l'histoire d'Antigone, bien connue de celles et ceux qui ont entendu parler d'OEdipe. Henry Bauchau a beaucoup et bien (sur le fond, à mon avis pas toujours sur la forme) écrit sur cette trame, notamment OEdipe sur la route et Antigone, que je suis en train de lire en ce moment. La page que je présente aujourd'hui, lue au début de la dernière nuit, m'a beaucoup marqué... Je la livre sans autre commentaire...

Je mets mon panier de mendiante devant moi et j'attends en murmurant des prières, derrière les colonnes, sur les toits je vois les gamins d'hier et beaucoup d'autres qui me regardent comme si quelque chose devait se produire. Je les oublie, je ne les vois plus ni ceux qui passent et qui me jettent peut-être quelques sous. Toute mon attention est requise par ce qui se passe en moi et qui vient de bien plus profond. Il y a une colère, une étrange et brusque fureur qui grandit en traversant mon corps et va produire un cri. Le cri d'un enfant malingre, enfermé, abandonné dans une cave et qui entrevoit, à travers les millénaires ténébreux, l'espérance, l'existence de la clarté. C'est le cri vers la lumière de ceux qui sont nés pour elle et qui en ont été indéfiniment exilés. Le cri progresse sauvagement en moi, il me déchire, il me brise sur un sol sans devenir et me force à verser mes larmes les plus dures. Le cri, le crime, plane au-dessus de la ville et il n'est plus question de le retenir mais seulement de l'expulser en douleur et en vérité pendant tout le temps qu'il exigera pour naître.
Je suis perdue, plus perdue que jamais dans l'obscurité de mon existence mais je sens que je ne suis plus seule. Des gens, beaucoup de gens sont accourus à mon appel, certains pleurent avec moi, d'autres m'apportent une part de ce qu'ils croyaient à eux et ne peuvent plus garder.
Je voudrais les remercier, leur dire: Assez, c'est assez! Je ne peux plus retenir un autre cri, le second qui ressemble à celui d'une femme en amour ou d'une ville forcée...
... Le cri veut s'élever encore, je tente de le contenir dans mon ventre qui se crispe, de le barricader dans ma gorge qui s'étrangle, malgré tout il jaillit: Non! Non, il n'y a pas assez de malheurs, de hontes, de crimes, pas assez d'absurdes désastres, de vies détruites, d'espérances piétinées. Pas assez de sang, d'enfants tués, de destructions et de folies sur la terre. Il faut que la chose grandisse encore, montre enfin au grand jour sa tête hideuse et molle et dévoile sa puanteur. Il ne suffit pas que la chose soit vue, il faut qu'elle soit parlée, plus haut, beaucoup plus haut. Qu'elle soit criée, que son terrible langage soit entendu, qu'il déborde ici et maintenant, puisque le lieu où il devrait être proféré, puisque ce lieu n'existe pas.
Le cri me déchire et me force à me relever tandis qu'il se termine en sanglots saccadés...

Henry Bauchau
Antigone
J'ai lu, 5818

jeudi 14 mars 2013

Marquise

Pour calmer la tempête sous mon crâne à la fin de journées bien chargées en ce moment (je rappelle: aménagement d'une maison dans le bocage sarthois), je lis un peu de poésie avant de m'endormir et je pars vers des rivages qui me sont chers et familiers, même s'ils sont parfois bien tortueux.
J'ai ainsi retrouvé dans le livre La poésie baroque, aux Editions FolioPlus Classiques, les Stances que Pierre Corneille (ce bon M. Corneille l’Aîné n'a pas écrit que Le Cid...) rédigea en 1660, éperdu d'amour qu'il était pour une belle comédienne de la troupe de Molière, Mademoiselle du Parc. Voici ces strophes célèbres autant que délicieuses.

Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront,
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.

Le même cours de planètes
Règle nos jours et nos nuits :
On m'a vu ce que vous êtes,
Vous serez ce que je suis.

Cependant j'ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour n'avoir pas trop d'alarmes
De ces ravages du temps.

Vous en avez qu'on adore,
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.

Ils pourront sauver la gloire
Des yeux qui me semblent doux,
Et dans mille ans faire croire
Ce qu'il me plaira de vous.

Chez cette race nouvelle,
Où j'aurai quelque crédit,
Vous ne passerez pour belle
Qu'autant que je l'aurai dit.

Pensez-y, belle marquise.
Quoiqu'un grison fasse effroi,
Il vaut bien qu'on le courtise
Quand il est fait comme moi.

En relisant ces rimes, je pense au sonnet très connu de Ronsard

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle
Assise auprès du feu, devidant et filant,
Direz, chantant mes vers, et vous esmerveillant :
Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Desja sous le labeur à demy sommeillant,
Qui, au bruit de Ronsard, ne s'aille réveillant,
Benissant vostre nom de louange immortelle.

Je seray sous la terre, et, fantosme sans os,
Par les ombres myrteux je prendray mon repos;
Vous serez au fouyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain;
Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.


Pour en revenir à la belle Marquise de Corneille, nous connaissons tous, du moins je l'espère, la chanson de M. Georges Brassens (Marquise), qui a excellemment mis en musique les trois premiers quatrains... mais il a aussi ajouté la réponse de la marquise à Corneille, telle que Tristan Bernard l'a inventée. Cette petite pochade n'enlève rien à la beauté du texte cornélien... mais peut-être aussi que Corneille ne l'a pas volé...

Peut-être que je serai vieille
Répond Marquise cependant
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille
Et je t'emmerde en attendant.

dimanche 3 février 2013

L'âne, le singe et les tigres

J'ai eu le plaisir de participer à Marseille à un café littéraire sur le thème du livre Taxi de Khaled Al Khamissi. Cet auteur, que je ne connaissais pas, né au Caire, est producteur, réalisateur et journaliste, diplômé de sciences politiques de l'université du Caire et de relations internationales de Paris-Sorbonne. Son livre Taxi a connu un grand succès à sa parution (en 2009 pour la France, chez Actes Sud) et il continue de servir de référence depuis la "révolution" égyptienne de 2011, tellement il en comporte tous les ingrédients au travers des 58 échanges avec des chauffeurs de taxi, échanges librement reconstitués et même inventés par l'auteur (source partielle: 4ème de couverture).

J'ai choisi un extrait hilarant, qui pourrait à la première lecture paraître décalé par rapport à la gravité de la situation, mais je pense que ce côté amusant peut facilement faire réfléchir...

(Les taxis qui font la queue pour recharger leur voiture en gaz en profitent pour se raconter des histoires drôles)... Vous connaissez celle-là? Elle est très égyptienne. Dans la forêt, un singe voit des tigres qui courent, et derrière eux un âne, qui court aussi. Il lui demande: "Pourquoi tu cours comme ça?" L'âne répond: "Ils m'ont dit que les tigres allaient être arrêtés." Le singe dit: "Et alors, pourquoi tu cours?" L'âne répond: "ça me prendrait un siècle avant de réussir à prouver que je ne suis pas un tigre."
J'ai ri de tout mon coeur et j'ai remercié le taxi de ce contretemps parce que cela faisait très longtemps que je n'avais pas participé à un tel fou rire collectif.
J'ai décidé que, chaque fois que j'aurais un souci, j'irais à cette station et je partagerais avec les taxis leurs rires sonores et creux, qui sortent du ventre, hélas, mais pas du coeur...

Traduit de l'arabe (Egypte) par Hussein Emara et Moïna Fauchier Delavigne

lundi 17 décembre 2012

Père et fils

Un combat joué d'avance. Sans espoir. Il revoyait la lumière s'éteindre dans les yeux troubles de son père, comme le présage d'une défaite. Toutefois, celui qui se bat n'a peut-être pas pleinement conscience du caractère inéluctable de la défaite: il peut résister et reprendre son souffle pour lutter encore. Mais celui qui assiste impuissant à ce combat tragique, celui qui a dans ses artères le même sang que la victime, souffre d'une horreur contenue et toutes ses minutes sont empoisonnées.

Giani Stuparich
L'île
Traduit de l'italien par Gilbert Bosetti

Court et très beau roman. Un père gravement malade demande à son fils exilé de descendre de sa montagne pour l'accompagner, pour ce qui sera son dernier voyage, dans l'île de ses origines. Le père et le fils, toujours appelés ainsi, s'apprennent et se redécouvrent, s'interrogent par petites touches, avec beaucoup de pudeur, sur la naissance et la mort. Qui est le plus blessé des deux?

mercredi 28 novembre 2012

L'Écrivain de la famille

Les mots étaient là pourtant. Tout était là. Les adjectifs, les adverbes, les propositions subordonnées, les pronoms relatifs, la conjugaison du verbe être au plus-que-parfait et pourtant j'étais incapable d'écrire. Ils m'emmerdaient, ils me sortaient par les yeux les mots. Quoi? J'avais écrit un poème minable et j'avais été catalogué écrivain de la famille. Et puis quoi encore? J'aurais disséqué une grenouille, crevé un chat que j'aurais été le médecin de la famille, l'assassin de la famille. Séduit une cousine acnéique, le don Juan de la famille. Et puis, quoi encore? ... Les rêves des autres nous damnent. Aux chiottes! ...
Elle (sa mère) ouvrit ses bras et me serra contre sa poitrine, moi le fils grand comme un homme maintenant, plus grand que mon propre père; elle me serra comme elle ne l'avait plus fait depuis des siècles. J'étouffais, quel bonheur. Elle murmura à mon oreille... je sais que tu écriras un jour Edouard, que tu raconteras tout ça. Nos fissures. Nos peurs. Il faudra bien que tu trouves les mots pour demander pardon...
Ecrire guérit.

Grégoire Delacourt
l’Écrivain de la famille

J'ai lu ce livre après avoir découvert Grégoire Delacourt pour son excellentissime opus La liste de mes envies, dont je n'ai pas parlé dans ce blog.
Je ne connais pas la vie de l'auteur mais il y a de fortes chances qu'il ait mis beaucoup de lui dans ce livre tonique, brillant, drôle parfois, sincère toujours, écrit avec une plume sergent-major qui gratte le papier et même se casse en l'éclaboussant d'une étoile. Un livre qui confirme bien qu'il n'est pas vraiment heureux que les autres décident à notre place.

dimanche 23 septembre 2012

Un peuple de promeneurs

Ma chère Maguy m'a fait le très grand plaisir de m'offrir un livre étonnant: Un peuple de promeneurs, histoires tziganes. Je dis étonnant, je devrais dire quasiment irréel, à tel point que j'ai eu un peu de mal à accrocher au début... C'est un livre parlé plus qu'écrit, sautillant d'une réflexion à une observation, voire une remarque, avec de l'humour, parfois une ombre de tristesse, de la pertinence, un soupçon d'abstraction. Son auteur? Alexandre Romanès, né Bouglione, dompteur de fauves, créateur du cirque qui porte son nom, à peine sorti de son passé d'inculte et, évidemment, carrément poète.

Lydie Dattas, qui préface ce livre, écrit: Fils d'un dompteur gitan, il entre à dix-neuf ans pour la première fois dans la cage. "J'entendis alors, dira-t-il, un bruit énorme qui emplissait la salle. Je ne compris pas tout de suite d'où il venait. Puis je m'aperçus que c'était le bruit de mon cœur." Le bruit de son cœur, c'est lui que nous allons entendre dans ces pages.

Voici quelques extraits, au hasard des pages.

Mon cousin m'explique pendant vingt minutes
qu'il va tout changer dans son cirque.
Les camions, les caravanes,
les gradins, le chapiteau.
Il commence à m'agacer. Je lui dis :
"C'est très bien de changer les assiettes,
mais est-ce que tu vas aussi changer la soupe ?"

Avec ma fille Alexandra, cinq ans,
j'entre dans un restaurant self-service.
On passe devant une dizaine d'hommes et de femmes.
Soudain, elle lâche ma main,
et court en direction d'un clochard
qui est dans le fond de la salle,
elle se jette sur lui et l'embrasse.
Quand c'est beau, il n'y a rien à dire.

Du campement tzigane de Nanterre,
ce qu'on voyait le mieux,
c'était la Grande Arche de la Défense.
C'était la misère,
les enfants marchaient pieds nus l'hiver
au milieu des rats, pas d'eau ni d'électricité,
et pas toujours quelque chose à manger,
et ce monument gigantesque éclairé
la nuit par des projecteurs est baptisé :
"L'Arche de la fraternité".

La vie,
c'est un peu comme des portes qu'on ferme
et qu'on n'ouvre plus jamais.

Un vieux Gitan :
"Pour la plupart des hommes,
tant qu'il n'y a pas la mort bien visible
au bout du chemin,
ils restent dans l'inessentiel."

On devrait avoir deux vies :
une pour apprendre,
l'autre pour vivre.

jeudi 16 août 2012

Bon rétablissement

En cette période de grâce 16-18 août, je célèbre deux anniversaires. Le mien (et cette année c'est un chiffre rond, merci la vie) et puis mon AVC, il y a quatre ans, dont je suis globalement bien rétabli.

Cela sert, maladroitement peut-être mais ça m'est égal, mon propos "Bon rétablissement", titre du livre que je viens de lire. Ce livre est magnifiquement écrit par Marie-Sabine Roger, l'auteure de La tête en friche il y a quatre ans aussi (quelle synchronicité!). Style vif, alerte, direct, plein de verve et d'humour, pour une histoire qui m'a passionné, où l'on trouve entre autres des portraits au laser du milieu hospitalier. Le plus impressionnant chez Marie-Sabine Roger, c'est le sens de phrases courtes, tranchantes, saignantes, drôles.
En voici quelques-unes.

Le Poulidor de l'hérédité.
C'est la nécessité qui fait le diplomate.
Je suis pareil que lui, un constipé du coeur.
Moi, je peux toujours critiquer les cons, dans leur équipe je jouerais avant-centre.
C'est de l'incontinence de mémoire, de l'énurésie de sentiments.
L'espoir fait surtout vivre ceux qui en tirent profit.
Tout glisse sur mon poil sans me faire un épi.
Depuis que je suis là, le monde entier me souhaite bon rétablissement, par téléphone, mail, courrier, personnes interposées. Par pigeons voyageurs, ça ne saurait tarder. Bon rétablissement. Quelle formule à la con!
Etc.

Et j'ai choisi ce chapitre, qui me parle dans le sens où il me conduit à réfléchir...

Je ne sais pas comment font les auteurs. Pour moi, qui ne suis pas coutumier de l'exercice, je trouve qu'écrire ça prend du temps et ça force à réfléchir.
Est-ce le fait d'être couché dans cette chambre triste, dans laquelle les secondes se mettent à compter double, ce qui double le poids de leur inutilité, qui me fait prendre conscience aujourd'hui seulement de l'ampleur de l'arnaque?
La perte de temps, voilà ce qui me chagrine. Pas seulement le temps que je perds ici, mais celui que j'ai perdu depuis que je suis né. Pas les heures à rien foutre dans la béatitude, le nez dans l'oreiller ou dans les seins de mes copines, non: les jours gaspillés.
Le temps perdu dans une vie, c'est de la matière noire, un rien omniprésent, un immense néant qui prend toute la place ou presque. Une fois mon histoire compactée, une fois le vide évacué, mes soixante-sept ans tiennent dans un mouchoir jetable.
C'est le principe du foisonnement: la terre extraite d'un fossé tient plus de place en tas sur le bord de la route que dans le trou où elle se trouvait, et les feuilles d'artichaut remplissent plus l'assiette, une fois l'artichaut mangé.
A vingt ans, à trente ans, je croyais pouvoir compter sur un magot énorme, inépuisable, un trésor de roi nègre, de tyran corrompu.
Je me retrouve aujourd'hui avec une tirelire plus très loin d'être vide. Un vieux petit cochon en céramique moche où tintent trois pièces en mauvais chocolat.
Si on me rendait d'un seul coup le temps dilapidé à attendre qu'il passe, si on me remboursait les minutes stériles, j'aurais combien en banque? Des mois? Des années?
Des décennies, peut-être, au taux des intérêts.
La vie est un escroc sans scrupules: si on n'y prend pas garde, elle vous plume à vif et vous laisse repartir avec les poches vides, comme un flambeur ruiné qui sort du casino.

Enlevons un mot, un seul, de ce texte et l'ensemble serait totalement déséquilibré.

Editions La Brune, au Rouergue - 205 pages - mars 2012

jeudi 9 août 2012

Propos d'un confiseur

Du temps, qui commence à prendre la poudre d'escampette, où je pratiquais le grandiose et inénarrable métier de Ressources Humaines, il m'arrivait fréquemment de lire et relire quelques pages d'un livre délicieux: Propos de O.L. Barenton confiseur (1), de Auguste Detoeuf (une "tronche", ce M. Detoeuf, X, Ponts, premier président d'Alstom, entre autres).
Ce livre, que je viens d'exhumer de ma bibliothèque, est truffé d'aphorismes et autres apophtegmes, axiomes, maximes, adages, devises, préceptes, sentences, pour ne pas dire dogmes et dictons. Je m'en suis souvent servi pour détendre l'atmosphère d'un entretien "serré" ou pour démarrer en douceur une session de formation. En l'an de grâce deux mil douze, ce livre est certes recouvert d'un peu de poussière, mais un bon coup de plumeau lui redonne du lustre, pour peu qu'on accepte d'y prêter une aimable attention.
En voici quelques extraits.

Consulter: façon respectueuse de demander à quelqu'un d'être de votre avis.  
Réfléchir: attendre quelques jours avant de ne pas changer d'avis.
Ce qui rend fausses beaucoup de théories économiques, c'est qu'elles sont fondées sur l'hypothèse que l'homme est raisonnable.
Un homme est vieux à partir de l'heure où il cesse d'avoir de l'audace. 
On commence sa vie avec des convictions. On la fait avec des principes.
Un homme arrivé ne bouge plus.
Si vous ne pouvez persuader, appliquez-vous à séduire. 
Méfiez-vous de l'homme qui parle pour ne rien dire. Ou il est stupide et vous perdrez votre temps, ou il est très fort et vous perdrez votre argent.
Personne ne croit aux experts, mais tout le monde les croit.
Pensez vite et parlez lentement. Le poids des mots est directement proportionnel à leur durée.
Lorsque plusieurs questions urgentes se présentent à la fois, choisissez la plus embêtante: c'est certainement la plus pressée.
La concurrence est un alcaloïde; à dose modérée, c'est un excitant, à dose massive, un poison.
Pour triompher, il faut être une heure avant sur le concurrent et parler une heure après lui.
Si vous avez des doutes sur la façon dont vous devez juger un homme, invitez-le chez vous et fiez-vous à ce que vous en dira votre femme. Mais si votre femme connaît sa femme, ne vous y fiez plus.
On fait tout avec de l'argent, excepté des hommes.

Le livre finit étrangement par ce rondeau (les X et Ponts ont donc parfois un supplément d'âme)...

Du temps passé par cent saiges divers
A trifouiller le naturel grimoire,
Sçavoir (dit-on) naquit, grave et disers,
Puys Industrie à la poitrine noire,
Vilains cadets des filles de Mémoire
Mais qui s'en vont de par tout l'univers
Porter richesse et travail et victoire.

Du temps passé, tous deux, à rudes bras,
Jectent en bas et maisons et chaumières,
Coite douceur, sourires et soulas,
Cassent la nuict à grands coups de lumières
Et font bien estre, et bonheur ne font pas.

Vulcain partout mène bruyt et tapaige
Nymphes ont fui, qu'entraînent les bergers;
Même Vénus (qui n'est pas la plus saige),
Et lairrant place à des dieux étrangers,
Vecy qu'Amour a plié son bagaige
Et qu'il s'envole avec la douce imaige
Du temps passé...

(1) O.L. = Oscar-Louis

vendredi 13 juillet 2012

Destinées et rêves

Je flânai longtemps dans Yunhai. Préoccupé par l'état de madame Ming, décontenancé par ce que je venais d'apprendre, je n'étais plus capable de penser clairement; quand une idée ou un sentiment se présentait, saillait son contraire; d'un côté j'appréciais le généreux artifice de Ting Ting afin de ramener sa mère à la vie, de l'autre je condamnais cette blague qui avait gangrené un psychisme affaibli; parfois j'estimais que nos destinées ne devaient pas se restreindre à la réalité mais s'enrichir de rêves, de fantasmes, lesquels, s'ils ne sont pas la teneur des choses, témoignent de la vitalité de l'esprit.

Eric-Emmanuel Schmitt
Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus

vendredi 29 juin 2012

Les guerriers les plus résistants

Il est possible que, par l'attention des choses menues, très simples, très pauvres, je trouve peut-être ma place dans ce monde. Il y a quelque chose de la suave tyrannie des techniques qui commence à être défaite dans un instant de contemplation pure qui ne demande rien, qui ne cherche rien, même pas une page d'écriture. La plupart du temps, je regarde, je ne note pas, je n'écris pas. La contemplation est ce qui menace le plus, et de manière très drôle, la technique hyper puissante. Et pour une raison très simple, c'est que les techniques nous facilitent la vie apparemment. Mais c'est un dogme d'aujourd'hui qu'on ait la vie facilitée. Qui a dit que la vie devait être facile et pratique? Est-ce qu'aimer c'est pratique? Est-ce que souffrir, est-ce qu'espérer c'est pratique? La technique nous éloigne de ces choses-là, et fait grandir une lèpre d'irréel qui envahit silencieusement le monde.

La contemplation, ce qu'on appelle la poésie, c'est le contraire précisément. C'est le contraire même de ce qu'on entend trop souvent par poésie. Ce n'est pas une décoration, ce n'est pas une joliesse, ce n'est pas quelque chose d'esthétique, c'est comme mettre sa main sur la pointe la plus fine du réel. Et en le nommant, de la faire advenir. Le réel est du côté de la poésie et la poésie est du côté du réel. Les contemplatifs, quels qu'ils soient, peuvent être des poètes connus comme tels, mais ça peut être aussi un plâtrier en train de siffler comme un merle dans une pièce vide, ou une jeune femme qui pense à autre chose tout en repassant du linge. Les instants de contemplation sont des instants de grand répit pour le monde, car c'est dans ces instants-là que le réel n'a plus peur d'arriver à nous. Il n'y a plus rien de bruyant dans nos coeurs ou dans nos têtes. Les choses, les animaux, les fantômes qui sont très réels, tout ce qui est de l'ordre du vivant se rapproche de nous et vient trouver son nom, vient mendier son nom. Habiter poétiquement, ce serait peut-être d'abord regarder en paix, sans intention de prendre, sans chercher même une consolation, sans rien chercher. Regarder presque avec cette attention flottante dont parlent les psychanalystes. Avoir une sorte de présence diaphane au monde. Et je pense qu'à ce moment quelque chose du monde s'ouvre comme une amande. On comprend ce dont il s'agit lorsqu'il s'agit de vivre. On le comprend sans mot, et sans même peut-être pouvoir le dire. Le plâtrier, la femme à son ménage ou le poète à son poème, chacun construisant quelque chose de très réel, de très éphémère, ne sont pas les maîtres de ce qu'ils voient. Dans cette lutte incessante que constitue le monde dit moderne, les contemplatifs sont les guerriers les plus résistants. Ce sont eux peut-être qui pourront nous tirer d'affaire. Il faut juste que chacun se remette à faire ce qu'il a à faire, de la façon la plus simple. Les poèmes du boulanger, ce sont ses pains.

Christian Bobin
Propos recueillis par Françoise Lemarchand
Parution dans Canopée n° 10 / 2012, revue annuelle de Natures & Découvertes / Actes Sud

Je fais miens ces mots de Christian Bobin, à défaut, évidemment, de les avoir écrits moi-même.

lundi 11 juin 2012

Les méditants suprêmes

Pourvu du corps puissant de la vue parfaitement pure, libre d'élaborations,
Avec pour membres la méditation parfaitement pure, libre de distraction,
Et l'action parfaitement pure pour crinière de turquoise,
Tel est le méditant pareil au lion des neiges.

Portant l'armure de l'insondable accomplissement du bien des êtres,
Montant le cheval de la double accumulation qu'éperonne le courage,
Et portant l'épée de sagesse qui pourfend la horde des poisons mentaux,
Tel est le méditant semblable à un héros sur un champ de bataille.

Riche du précieux trésor des trois disciplines sans tâche,
Prodiguant aux êtres des biens matériels et la protection contre la peur,
Et les menant sur la voie de la libération grâce au don du Dharma (1)
Tel est le méditant qui rassemble les êtres pour faire leur bien.

Voilà décrits les trois sortes de méditants suprêmes.

Sakya Pandita (1182-1251)
Traduit et présenté par Matthieu Ricard
dans son livre "Chemins spirituels, petite anthologie des plus beaux textes tibétains"

(1) Dharma - Ce mot n'a pas moins de dix sens principaux, dont "les phénomènes", "les objets de perception" et "l'enseignement du Bouddha". Dans ce dernier sens, il est souvent qualifié de sublime ou suprême, car, parmi tous les dharmas, il est celui qui libère de la souffrance. (Matthieu Ricard).

dimanche 8 avril 2012

Un détail minuscule

C'est ce que j'aime dans la lecture. Un détail minuscule attire votre attention et vous mène à un autre livre, dans lequel vous trouverez un petit passage qui vous pousse vers un troisième livre. Cela fonctionne de manière géométrique, à l'infini, et c'est un plaisir pur.

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates
Mary Ann Shaffer & Annie Barrows
Traduction Aline Azoulay

Je ne veux pas en dire beaucoup de ce livre étonnant et original. Le nom exact du Cercle est "Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey", né à cause d'un cochon rôti caché aux soldats allemands qui occupaient Guernesey lors de la dernière guerre.