mardi 14 avril 2009

J'ai tant rêvé de toi


J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?
J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
Ô balances sentimentales.
J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.
J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement sur le cadran solaire de ta vie.
Robert Desnos (1900-1945) - Corps et Biens

vendredi 10 avril 2009

Double jeu

La guitare manouche - pour ceux qui apprécient - invite au voyage, intérieur peut-être... Parmi les spécialistes actuels, dignes héritiers de Django, je veux mentionner Romane, entre autres parce qu'il est le cousin de Lydie. Il a enregistré d'excellents morceaux avec Stochelo Rosenberg, dont ce morceau "Double jeu".


jeudi 2 avril 2009

Raymond Devos

Raymond Devos me manque. Je ne l'ai vu que quatre fois sur scène, toujours avec beaucoup de plaisir : rire et poésie d'un saltimbanque, agilité y compris physique d'un polyvalent et surtout art exceptionnel d'un jongleur de mots jusqu'à l'absurde.
Je relis régulièrement des sketches de cet immense artiste à côté duquel les petits faiseurs d'histoires supposées drôles ne font que gribouillis et galimatias.
Qui écrirait actuellement : "L'ouïe de l'oie de Louis a ouï. Ah oui ? Et qu'a ouï l'ouïe de l'oie de Louis ? Elle a ouï ce que toute oie oit" ?
Raymond Devos faisait parfois appel sur scène à des chansons d'autres artistes ("Mon manège à moi", "La chansonnette"...)
Je vous invite à partager un petit moment de poésie avec une de ses interprétations du "Clown" de Gianni Esposito.

samedi 28 mars 2009

Ciaccona del Paradiso e del Inferno

Au festival d'Ambronay de 2008, Philippe Jaroussky et Christina Pluhar (et son ensemble L'Arpeggiata) s'en sont apparemment donné à cœur joie en insérant un peu d'humour dans une production de très haute tenue artistique. En complément d'un récent message concernant Monteverdi, voici ce qui, faute de traduction, semble être un "dialogue" entre le Paradis et l'Enfer. Auteur : anonyme, de 1657. 

C'est principalement pour toi, Mag. Bonne écoute.

dimanche 15 mars 2009

Stand by me

YouTube, que je n'ai pas l'habitude de consulter, vient de m'offrir de très bonnes surprises. L'enregistrement de la même chanson, sur le même rythme et par des artistes différents, aux quatre coins du monde. Cela donne quelque chose de très chouette. Ecoutez plutôt...

jeudi 12 mars 2009

L'homme intérieur

La seconde partie de la vie a un but plus spirituel. Elle est caractérisée par le "processus d'individuation", un processus au cours duquel le Moi, qu'on pourrait appeler l'homme extérieur, "se sacrifie" au Soi, à l'homme intérieur. C'est bien le Moi, l'ego, l'homme extérieur qui vit cette "descente". Le Soi, lui, au contraire, continue sa progression. Seules les personnes âgées qui vivent cette mutation peuvent comprendre la phrase de Saint Paul aux Corinthiens : "Tandis que notre homme extérieur s'en va en ruine, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour."... Lorsqu'on affirme que la vieillesse n'est pas uniquement un naufrage mais une croissance, cela ne concerne évidemment pas une réalisation dans le monde extérieur, mais la maturation intérieure.

Marie de Hennezel
La chaleur du cœur empêche nos corps de rouiller
Robert Laffont

lundi 2 mars 2009

Les trois trésors de Lao-tseu

J'ai trois trésors que je détiens et auxquels je m'attache :
le premier est amour,
le deuxième est économie,
le troisième est humilité.
Amoureux, je puis être courageux,
économe, je puis être généreux,
n'osant pas être le premier dans le monde,
je puis devenir le chef du gouvernement.

Quiconque est courageux sans amour,
généreux sans économie
et chef sans humilité,
celui-là va vers la mort.

Qui se bat par amour triomphe,
qui se défend par amour tient ferme,
le ciel le secourt et le protège avec amour.

Chapitre LXVII du Tao-tö king
de Lao-tseu (570-490 avant JC)

dimanche 1 mars 2009

L'ahimsa

L'homme et ses actes sont deux choses distinctes. Alors qu'il convient d'approuver une bonne action et d'en réprouver une mauvaise, il faut toujours, selon le cas, respecter ou plaindre l'auteur de cet acte. "Tu dois haïr le péché mais non le pécheur." C'est là un précepte assez facile à comprendre mais difficile à mettre en pratique. C'est pourquoi la haine répand son poison à travers le monde.
L'ahimsa (1) est le fondement de cette recherche de la vérité. Ne pas tenir compte de cet appui indispensable serait aussi fragile que bâtir sur le sable. S'il convient de s'opposer à certains systèmes et de les détruire, au contraire, le fait de s'en prendre à leurs auteurs reviendrait à vouloir se prendre soi-même pour cible. Car c'est le même pinceau qui nous a tous dessinés.

(1) ahimsa : non-violence active

Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948), La voie de la non-violence