Tout est mouvement dans mon être ;
Tout est musique devant moi :
J'entends la voix de mon émoi ;
J'écoute la chanson du hêtre.
Tout est harmonie en ce lieu ;
Tout est poésie à cette heure :
Tout ce qui rit, tout ce qui pleure,
C'est des stances que dit le dieu.
L'odeur qui du jardin s'élève,
La guirlande de mes amours,
Tout est musique aux alentours,
Tout est mouvement dans mon rêve.
Tout est cadence, ce matin ;
Tout est rythme en ce paysage :
L'aube qui baigne mon visage,
L'ombre qui fuit vers le lointain.
Et, là-bas, la courbe énergique
Qui joint les monts au firmament,
C'est encore du mouvement,
C'est encore de la musique.
Fernand Mazade
1863 - 1939
jeudi 26 novembre 2009
mardi 17 novembre 2009
Il va neiger...
Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens
de l'an dernier. Je me souviens de mes tristesses
au coin du feu. Si l'on m'avait demandé : qu'est-ce ?
J'aurais dit : laissez-moi tranquille, ce n'est rien.
J'ai bien réfléchi, l'année d'avant, dans ma chambre,
pendant que la neige lourde tombait dehors.
J'ai réfléchi pour rien. A présent comme alors
je fume une pipe en bois avec un bout d'ambre.
Ma vieille commode en chêne sent toujours bon.
Mais moi j'étais bête parce que ces choses
ne pouvaient pas changer et que c'est une pose
de vouloir chasser les choses que nous savons.
Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous ? C'est drôle ;
nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas
et cependant nous les comprenons, et les pas
d'un ami sont plus doux que de douces paroles.
On a baptisé les étoiles sans penser
qu'elles n'avaient pas besoin de nom, et les nombres
qui prouvent que les belles comètes dans l'ombre
passeront, ne les forceront pas à passer.
Et maintenant même, où sont mes vieilles tristesses
de l'an dernier ? A peine si je m'en souviens.
Je dirais : laissez-moi tranquille, ce n'est rien,
si dans ma chambre on venait me demander : qu'est-ce ?
Francis Jammes (1868 - 1938)
De l'Angelus de l'Aube à l'Angelus du Soir
de l'an dernier. Je me souviens de mes tristesses
au coin du feu. Si l'on m'avait demandé : qu'est-ce ?
J'aurais dit : laissez-moi tranquille, ce n'est rien.
J'ai bien réfléchi, l'année d'avant, dans ma chambre,
pendant que la neige lourde tombait dehors.
J'ai réfléchi pour rien. A présent comme alors
je fume une pipe en bois avec un bout d'ambre.
Ma vieille commode en chêne sent toujours bon.
Mais moi j'étais bête parce que ces choses
ne pouvaient pas changer et que c'est une pose
de vouloir chasser les choses que nous savons.
Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous ? C'est drôle ;
nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas
et cependant nous les comprenons, et les pas
d'un ami sont plus doux que de douces paroles.
On a baptisé les étoiles sans penser
qu'elles n'avaient pas besoin de nom, et les nombres
qui prouvent que les belles comètes dans l'ombre
passeront, ne les forceront pas à passer.
Et maintenant même, où sont mes vieilles tristesses
de l'an dernier ? A peine si je m'en souviens.
Je dirais : laissez-moi tranquille, ce n'est rien,
si dans ma chambre on venait me demander : qu'est-ce ?
Francis Jammes (1868 - 1938)
De l'Angelus de l'Aube à l'Angelus du Soir
samedi 7 novembre 2009
Humanité
Il est vrai que beaucoup de gens prennent plaisir à haïr. "Haïr est sacré" disait Zola. Haïr donne aux gens l'impression qu'ils ont des principes et des opinions. Mais j'objecterai que découvrir un trait admirable ou touchant chez quelqu'un d'incompréhensible ou de détestable n'est certainement pas moins satisfaisant. Les sentiments humains partagés, les larmes qui montent aux yeux devant la souffrance de complets étrangers, sont parmi les émotions les plus profondes. Chaque fois que nous en faisons l'expérience, nous redécouvrons notre appartenance à l'immense famille qu'est l'humanité. Humanité signifie à la fois "tout le monde" et "bonté". Rares sont les gens qui sont totalement dépourvus de bonté. Découvrir ce précieux filon sous un sol pierreux compte parmi les défis les plus exaltants.
Théodore Zeldin
De la conversation
Comment parler peut changer votre vie.
mardi 27 octobre 2009
Yéchoua (Jésus)
(C'est Pilate qui parle)
... J'apprécie que ce Yéchoua n'assène rien sans faire appel à la liberté de ses interlocuteurs. Quelle différence avec les prêtres qui vous assomment de dogmes, les philosophes de raisonnements, les avocats de rhétorique. Yéchoua ni n'impose, ni ne raisonne, ni ne convainc. Il sollicite une disponibilité intérieure, une porte que nous consentirions à ouvrir et, à cette condition-là, propose son message qui nous ouvre une vie différente. Quelle étrange douceur...
... J'apprécie que ce Yéchoua n'assène rien sans faire appel à la liberté de ses interlocuteurs. Quelle différence avec les prêtres qui vous assomment de dogmes, les philosophes de raisonnements, les avocats de rhétorique. Yéchoua ni n'impose, ni ne raisonne, ni ne convainc. Il sollicite une disponibilité intérieure, une porte que nous consentirions à ouvrir et, à cette condition-là, propose son message qui nous ouvre une vie différente. Quelle étrange douceur...
Eric-Emmanuel Schmitt
L'Evangile selon Pilate
vendredi 23 octobre 2009
L'entretien avec Nicodème
Or il y avait parmi les Pharisiens un homme du nom de Nicodème, un notable des Juifs. Il vint de nuit trouver Jésus et lui dit : « Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui. » Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » Nicodème lui dit : « Comment un homme peut-il naître, étant vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? » Jésus répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas si je t’ai dit : Il vous faut naître à nouveau. Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit.»
La Bible
L’Evangile selon Saint Jean
Chapitre 3, versets 1 à 8
Merci, Charlotte, de m’avoir guidé vers ce texte.
La Bible
L’Evangile selon Saint Jean
Chapitre 3, versets 1 à 8
Merci, Charlotte, de m’avoir guidé vers ce texte.
dimanche 4 octobre 2009
Chanson de la fleur
Je suis un mot gentil dit et répété
Par la voix de la Nature ;
Je suis une étoile tombée de la
Tente bleue sur le tapis vert.
Je suis la fille des éléments
Avec lesquels l'Hiver a procréé ;
A qui le Printemps a donné naissance ; je fus
Érigée dans le giron de l'Été et je
Me suis endormie dans le lit de l'Automne.
A l'aube, je m'unis à la brise
Pour annoncer la venue de la lumière ;
Le soir, je rejoins les oiseaux
Dans leur salut à la lumière.
Les plaines sont ornées de
Mes belles couleurs, et l'air
Est embaumé par mon parfum.
Quand j'étreins le Soleil, les yeux de
La nuit me regardent, et quand je
M'éveille, je regarde le Soleil, qui est
L'œil unique du jour.
Je bois la rosée comme du vin, je prête l'oreille
Aux voix des oiseaux et je danse
Sur le mouvement rythmé de l'herbe.
Je suis le cadeau de l'amant ;
Je suis la guirlande des noces ;
Je suis le souvenir d'un moment de bonheur ;
Je suis le dernier cadeau du vivant au mort ;
Je suis une part de joie et une part de chagrin.
Mais je regarde vers le haut pour ne voir que la lumière,
Et ne regarde jamais vers le bas pour voir mon ombre,
C'est une sagesse que l'homme devrait apprendre.
Khalil Gibran
Le Sable et l'Ecume (et autres poèmes)
Par la voix de la Nature ;
Je suis une étoile tombée de la
Tente bleue sur le tapis vert.
Je suis la fille des éléments
Avec lesquels l'Hiver a procréé ;
A qui le Printemps a donné naissance ; je fus
Érigée dans le giron de l'Été et je
Me suis endormie dans le lit de l'Automne.
A l'aube, je m'unis à la brise
Pour annoncer la venue de la lumière ;
Le soir, je rejoins les oiseaux
Dans leur salut à la lumière.
Les plaines sont ornées de
Mes belles couleurs, et l'air
Est embaumé par mon parfum.
Quand j'étreins le Soleil, les yeux de
La nuit me regardent, et quand je
M'éveille, je regarde le Soleil, qui est
L'œil unique du jour.
Je bois la rosée comme du vin, je prête l'oreille
Aux voix des oiseaux et je danse
Sur le mouvement rythmé de l'herbe.
Je suis le cadeau de l'amant ;
Je suis la guirlande des noces ;
Je suis le souvenir d'un moment de bonheur ;
Je suis le dernier cadeau du vivant au mort ;
Je suis une part de joie et une part de chagrin.
Mais je regarde vers le haut pour ne voir que la lumière,
Et ne regarde jamais vers le bas pour voir mon ombre,
C'est une sagesse que l'homme devrait apprendre.
Khalil Gibran
Le Sable et l'Ecume (et autres poèmes)
vendredi 2 octobre 2009
Mozart l'égyptien
En 1997, un petit ovi (objet volant identifié) apparaît dans le paysage des "variétés classiques" françaises. Sous l'égide d'une pensée de Rabindranath Tagore : "L'Orient et l'Occident sont sans cesse en quête l'un de l'autre, ils doivent finir par se rencontrer", Hughes de Courson et Ahmed al Maghreby concoctent deux disques qui marient, avec au minimum un petit talent, des musiques de Mozart et des rythmes orientaux (Mozart l'égyptien 1 et 2). Comme on dit avec précaution : On aime ou on n'aime pas. On peut aussi se demander ce que notre très cher Wolfgang Amadeus en aurait pensé ou s'il n'est pas encore en train de se retourner dans sa tombe.
Le morceau que j'ai choisi, l'andante du concerto n° 23 pour piano et orchestre, est le moins iconoclaste de toute la production. Cela devient Concerto pour oud et piano et, accompagné par un jeu scénique assez réussi, c'est un moment plutôt agréable. Bonne écoute.
jeudi 20 août 2009
L'air de La Wally (Diva)
Jean-Jacques Beineix n'a pas réalisé beaucoup de films long métrage : 6 en tout. Avec son style très personnel et généralement attachant mais pas toujours exempt de maniérisme et de grandiloquence (il s'est parfois pris les pieds dans le tapis) et avec son franc-parler, ce réalisateur tient une place à part dans le monde du cinéma. Son premier long métrage, Diva, tout en rebondissements et poursuites, commençait par l'enregistrement pirate réalisé par un jeune postier de l'air Ebben ? Ne andrò lontana, morceau le plus connu d'un opéra qui l'est moins, La Wally d'Alfredo Catalani, chanté par Cynthia Hawkins, rôle interprété par Wilhelmenia Wiggins Fernandez. Voici la scène.
La suite du film serait longue à raconter et ce n'est pas mon propos.
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