mercredi 2 novembre 2016

après mes pas

Mon livre de haïkus et haïkumages est paru!
Je dois ce bonheur aux Editions du Petit Véhicule à Nantes. Magnifique livre de grande qualité, fabriqué de manière artisanale (c'est-à-dire très sérieusement), avec une reliure à la chinoise, livre qui met en valeur mes textes qui sont autant de ressentis et d'impressions cueillis au hasard de mes pérégrinations proches ou lointaines.
Un autre bonheur: Louise Thunin a bien voulu écrire pour moi une préface d'exception.


Vous souhaitez l'acquérir? Merci de me contacter (75 rue Général de Gaulle, 72140 Sillé le Guillaume). Prix de vente: 25 €, plus 3 € de participation aux frais d'envoi.

vendredi 23 septembre 2016

A propos de Christian Bobin

Je fais partie des très nombreux admirateurs de bon nombre de livres de Christian Bobin ("admirateurs"... mot qu'il n'aime peut-être pas beaucoup...)
Ayant relevé deux phrases de lui:
- Si je pouvais, je prendrais mes livres et je les secouerais par la fenêtre comme de vieux tapis: trop de poussière, trop de mots.
- Je me demande pourquoi tant de livres quand un seul chant d'oiseau dit tout.
j'ai rapproché ces deux phrases d'un poème de Michel Leiris que j'ai déjà cité dans mon blog:
- M'alléger, me dépouiller, réduire mon bagage à l'essentiel..., devenir oiseau avare, ivre du seul vol de ses ailes.

Il m'est alors venu l'idée de créer un collage pour illustrer ces trois phrases. Le voici.


J'ai adressé ce collage à Christian Bobin, qui m'a fort gentiment répondu, notamment ceci:
- Il vole, votre collage. Il est heureux de battre des ailes dans l'air blanc du papier. Merci pour cette gaieté donnée.
Par la suite, j'ai également adressé "Le rire du tatou" à Christian Bobin, qui m'a répondu (extrait):
- Ces collages et ces mots disent votre âme...

dimanche 11 septembre 2016

Oryza sativa


notre trop plein
déborde de l'oubli
de leur seul riz


Collage de Bernard Victor Chartier - juin 2012
Extrait de mon livre "le rire du tatou"


vendredi 9 septembre 2016

Le rire du tatou

Voici le principal changement par rapport à mon ancien blog


Je suis en effet passé à l'édition de mes haïkus. Dans ce premier livre, édité compte d'auteur (pour l'instant...) et maintenant épuisé, j'ai ajouté quelques-uns de mes collages (que vous avez pu voir dans l'ancien blog).

Je mettrai quelques haïkus de ce livre dans des articles futurs. Je propose juste pour l'instant l'haïku qui a servi de titre:
sur la canopée
je m'étends et j'entends
le rire du tatou

En rédigeant ce livre, je pensais à L'art poétique de Boileau
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Et en me lançant dans l'édition, j'ai mis en pratique ces mots de William Arthur Ward

C'est impossible, dit la Fierté. 
C'est risqué, dit l'Expérience. 
C'est sans issue, dit la Raison. 
Essayons, murmure le Cœur.


Le livre n° 2, après mes pas, est en cours d'édition chez un éditeur nantais. J'en parlerai plus tard.

mercredi 24 septembre 2014

Offrir du temps

- Je sais, raconte, ne perds pas de temps.
Moi, je trouvais que nous en avions à revendre, que nous pouvions en offrir à ceux qui étaient près de leur fin. Tu parles! Peut-on faire un paquet avec du temps à l'intérieur et l'offrir pour Noël? J'en avais plein, le mien et en plus celui qui était dans les livres. Mais c'est elle qui devait avoir raison, elle et les animaux, il ne fallait pas perdre de temps. Celui qui nous est imparti dure autant que celui qui n'est pas gaspillé, le reste est perdu.

Erri De Luca
Les poissons ne ferment pas les yeux.

samedi 2 août 2014

Réparer les vivants

J'ai terminé il y a peu ce livre étonnant et (très) fort.
Je dois tout de suite reconnaître avoir eu quelques difficultés à m'adapter au style de l'auteure, surtout à le comprendre. Sauter du présent au passé, passer d'un personnage à d'autres, dans la même longue phrase, ce n'est pas évident pour ceux qui, comme moi, sont habitués à une écriture plus "classique". Mais le livre devient assez rapidement passionnant, notamment parce que l'on peut aisément se projeter sur l'un ou l'autre des personnages, voire sur l'ensemble (sauf, pour ce qui me concerne, sur le donneur, compte tenu de mon âge).
C'est le roman d'une transplantation cardiaque, les autres organes étant presque seulement mentionnés. L'auteure situe dans le temps et dans l'espace les acteurs de cette opération magique en soi, mais qui n'est pas sans poser de très nombreux problèmes surtout sur le plan psychologique: le donneur et le receveur évidemment, les parents du donneur (le cheminement pour accepter le prélèvement d'organes chez leur enfant m'a fait vivre des séquences bien chargées d'émotion), le personnel médical (chirurgien, infirmière, équipes de prélèvement...) et la famille du receveur.
Ce n'est pas à proprement parler un livre de vacances, de soleil et de plage, mais personnellement j'ai pu le lire à l'ombre de mon verger. Je le recommande.

J'ai choisi - il fallait faire un choix - trois extraits.

Marianne, la mère de Simon le donneur, se pose la question de savoir si elle doit accepter le prélèvement du cœur de son fils. Que deviendra l'amour de Juliette (la petite amie de Simon) une fois que le cœur de Simon recommencera de battre dans un corps inconnu, que deviendra tout ce qui emplissait ce cœur, ses affects lentement déposés en strates depuis le premier jour ou inoculés çà et là dans un élan d'enthousiasme ou un accès de colère, ses amitiés et ses aversions, ses rancunes, sa véhémence, ses inclinations graves et tendres? Que deviendront les salves électriques qui creusaient si fort son cœur quand s'avançait la vague (le surf, quel que soit le temps, était la passion de Simon)? Que deviendra ce cœur débordant, plein, trop plein, ce cœur full?

Marianne a accepté... Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l'unité de son fils? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté? Qu'en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme? Ces questions tournoient autour d'elle comme des cerceaux bouillants puis le visage de Simon se forme devant ses yeux, intact et unique. Il est irréductible, c'est lui. Elle ressent un calme profond. La nuit brûle au-dehors comme un désert de gypse.

Le donneur - une femme - s'apprête pour la transplantation. Elle tourne en rond dans la chambre. Si c'est un don, il est tout de même d'un genre spécial, pense-t-elle. Il n'y a pas de donneur dans cette opération, personne n'a eu l'intention de faire un don, et de même il n'y a pas de donataire, puisqu'elle n'est pas en mesure de refuser l'organe, elle doit le recevoir si elle veut survivre, alors quoi, qu'est-ce que c'est? La remise en circulation d'un organe qui pouvait encore faire usage, assurer son boulot de pompe? ... Le sens de ce transfert dont elle bénéficie par le jeu d'un hasard invraisemblable- la compatibilité inouïe de son sang et de son code génétique avec ceux d'un être mort aujourd'hui-, tout cela devient flou. Elle n'aime pas cette idée de privilège indu, la loterie, se sent comme la figurine en peluche que la pince saisit dans le fatras de bidules amoncelés derrière une vitrine de la fête foraine. Surtout, elle ne pourra jamais dire merci, c'est là toute l'histoire. C'est techniquement impossible, merci, ce mot radieux chuterait dans le vide. Elle ne pourra jamais manifester une quelconque forme de reconnaissance envers le donneur et sa famille, voire effectuer un contre-don ad hoc afin de se délier de la dette infinie, et l'idée qu'elle soit piégée à jamais la traverse. Le sol est glacé sous ses pieds, elle a peur, tout se rétracte.

Merci, Maylis de Kerangal.

mardi 1 juillet 2014

Les arbres en quête d'un roi

Les arbres étaient allés messier un roi sur eux.
Ils dirent à l'olivier : "Règne sur nous !"
L'olivier leur dit : "Ferai-je cesser mon onctuosité,
que glorifient Elohîms et les hommes,
pour aller m'agiter sur des arbres ?"
Les arbres disent au figuier : "Va, toi ! Règne sur nous !"
Le figuier leur dit : "Ferai-je cesser ma douceur,
ma prolifération exquise, pour aller m'agiter sur les arbres ?"
Les arbres disent à la vigne : "Va, toi ! Règne sur nous !"
La vigne leur dit : "Ferai-je cesser mon moût,
qui réjouit Elohîms et les hommes, pour aller m'agiter sur des arbres?"
Alors tous les arbres disent au lyciet (1) : "Va, toi ! Règne sur nous!"
Le lyciet dit aux arbres : "Si, en vérité, vous me messiez
pour roi sur vous, venez, abritez-vous sous mon ombre,
sinon un feu sortira du lyciet et mangera les cèdres du Lebanôn."
Et maintenant, est-ce avec vérité et intégrité
que vous faites régner Abimèlèkh ?

(1) Lyciet = sorte de ronce
Juges 9, 8-16a
Traduction André Chouraqui

Combien de transpositions trouvons-nous dans bon nombre de pays de par le monde? Méditons...

mardi 6 mai 2014

Suivre le poisson

Suivre le poisson, suivre l'oiseau,
Si tu envies leur erre, suis-les
Jusqu'au bout. Suivre leur vol, suivre
Leur nage, jusqu'à devenir
Rien. Rien que le bleu d'où un jour
A surgi l'ardente métamorphose,

Le Désir même de nage, de vol.

François Cheng
Cinq méditations sur la mort
autrement dit sur la vie
Cinquième méditation


Je rapproche ce poème d'un autre message que j'ai déjà publié le 26 novembre 2010. Ces deux poèmes me suivent, me poursuivent et je ne les fuis pas, au contraire ils me prennent au cœur...


M’alléger
me dépouiller

réduire mon bagage à l’essentiel

Abandonnant ma longue traîne de plumes
de plumage
de plumetis et de duvets

devenir oiseau avare
ivre du seul vol de ses ailes


Michel Leiris
Haut Mal, suivi de Autres lancers